La Littérature érotique

Les visiteurs de ce blog seront surpris de voir abordée en ces pages une présentation de la littérature érotique, en marge de l’édition critique d’un roman dont le titre Un Amour platonique est justement bien peu prometteur en ce domaine. Ce travail d’édition critique se rattache en fait à un collectif universitaire de recherches sur la littérature érotique et sentimentale du XIXe siècle. Ce blog ne prend donc son sens que grâce et par rapport aux autres blogs élaborés au cours de ces recherches (cf nos favoris). Ce n’est qu’en jetant un œil à toutes les recherches effectuées que vous acquerrez la vision la plus large et la plus pertinente de la littérature érotique et sentimentale du XIXe siècle.

Que faut-il entendre tout d’abord par « littérature érotique et sentimentale » ? et quelles œuvres sont à englober dans cette catégorie ? Considérée bien souvent comme un genre mineur de la littérature, ainsi qu’un genre parfois honteux, clandestin, l’érotisme ne cesse pourtant d’être présent dans nos bibliothèques, et ce depuis déjà bien longtemps. La fine amor des romans du Moyen Age n’est-elle pas précurseur de ce genre, exaltant les joies de l’amour courtois et platonique, mais aussi plus discrètement les passions les plus brûlantes, frôlant un érotisme exalté ? Les lettres d’Héloïse à Abélard sont en ce sens bien souvent déjà fort transgressives et évocatrices pour l’époque.

Mais c’est sous la renaissance que culmine la censure envers l’érotisme en littérature. Littérature considérée alors comme immorale, vile, salissante, elle n’en est pas moins bien présente, malgré la censure qui sévit. C’est l’épanouissement du libertinage, l’éclatement des passions sous toutes ses formes, qui a inspiré à Choderlos de Laclos ses Liaisons dangereuses.

Au XVIIIe, le nom de Crébillon résonne comme le véritable précurseur de la littérature érotique, avec notamment Le Sylphe, Les Égarements du cœur et de l’esprit, ou encore L’Écumoir ou Tanzai et Néadarné.

Parler de littérature érotique sans évoquer la figure incontournable et le génie du marquis de Sade serait un non-sens. Justine ou les malheurs de la vertu, en 1797, fait de la femme un vulgaire objet au service de l’imaginaire érotique de l’homme. Œuvre audacieuse et violente, d’un auteur sulfureux et paria de la littérature française, faut-il pour autant considérer Sade comme l’écrivain le plus emblématique de la littérature érotique et sentimentale? Chez lui, le pornographique l’emporte sur la sensualité et l’érotisme, et le grotesque sur les passions dévorantes de l’amour.

Depuis, la littérature érotique perdure, mais change de visage avec l’évolution des mœurs et de la société : l’éclosion des luttes féminines, la revendication des femmes à un droit au plaisir et à la jouissance en sont les causes principales. Le XXe siècle proclame ainsi l’arrivée tonitruante des Colette et autres Simone de Beauvoir. La littérature érotique et sentimentale semble donc être promise à un avenir encore brillant, et ne dément pas, bien au contraire, l’affirmation d’André Pieyre de Mandiargues, selon laquelle l’érotisme est « le principal moteur de la littérature ».