21 novembre 1863
Le lendemain,
Nuit mauvaise. Un sommeil entrecoupé de rêvasseries idiotes.
J’étais seul avec elle, moi, dans un wagon qui nous emmenait en Italie. Elle, tout enfant, espiègle, gamine, se penchait imprudemment par la portière. Je voulais la retenir : elle me pinçait et me tirait la barbe… — Puis, elle se mettait à tourner la manivelle d’un harmonium luisant à côté d’elle, sur la banquette. Tout à coup, plus d’harmonium ; et, ce que j’avais vu luire, était le lorgnon de Moreau installé à la place de l’orgue. Puis… je ne sais plus. Le cauchemar. Une fatigante fumée d’imaginations baroques. J’en suis encore moulu. Aussi, maintenant, qu’ils se soient arrêtés à Nice, ou à Menton, ou à Gênes, je sors, je vais prendre un peu l’air sur le Cours. Puis, j’irai lire mes journaux du soir au cabinet de lecture.
Même jour,
Pas de nouvelles du Mexique.—Les cours de la Rente, faibles. — Parcouru une intéressante variété des Débats, sur les musées de Florence et de Venise. Pourquoi ce malencontreux père Derval est-il venu me fourrer sous le nez une dépêche de sa fille :
Cannes, 3 heures 47. Allons bien. Écrirons demain… Hélène.
Eh bien, oui, excellent homme, j’ai marié votre fille, et vous êtes reconnaissant : mais, laissez-moi tranquille !
Je ne mettrais plus les pieds au cabinet de lecture.
S’il lui prend fantaisie, ces jours-ci, de venir me montrer les pattes de mouches de madame Moreau, ma porte sera condamnée.
14:43 Publié dans 07-21 novembre 1863 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
